Prehistoire17

pour les curieux et les passionnés de préhistoire !

En savoir plus sur … le Moustérien

I / Quelle est sa véritable origine ?

Le Moustérien est la principale manifestation culturelle du Paléolithique moyen en Eurasie (environ 300 000 à 30 000 ans av J.C). Il est principalement l’œuvre de l’homme de Néandertal, notamment en Europe, mais des industries moustériennes ont également été produites par des humain anatomiquement modernes au Proche Orient. Il est marqué par la généralisation d’une méthode de débitage particulière, la méthode Levallois, qui doit son nom au site des carrières de Levallois-Perret (92), mais aussi par les premières sépultures ainsi que les premiers indices de préoccupations esthétiques (utilisation d’ocre, collecte de fossiles, incisions géométriques sur des ossements, etc.).

Chasseur néandertalien

II / Comment a été découverte cette civilisation ?

En 1869, l’archéologue et anthropologue français Gabriel de Mortillet (1821-1898) publie un essai sur la classification des cavernes et des stations sous abri, dans lequel il évoque un « âge du Moustier ».

Gabriel de Mortillet

 Il définit ensuite le Moustérien en 1872 à partir de l’industrie lithique trouvé dans l’abri supérieur du Moustier, situé en Dordogne dans la vallée de la Vézère. De nombreux sites moustériens de référence sont fouillés à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, dont les plus connus sont la Quina et la Ferrassie.

Abri du Moustier

 III / Quels sont les principaux faciès du Moustérien ?

À partir des années 1950, de nouvelles méthodes sont mises au point pour étudier les riches collections mises à jour. La typologie lithique va permettre au préhistorien français François Bordes (1919-1981) de définir ou de formaliser plusieurs variantes au sein du Moustérien. Ces faciès sont caractérisés par les proportions des différents types d’outils présents dans un ensemble lithique ou par les méthodes de taille qui ont été employées pour le produire :

1 / Moustérien typique : souvent défini par défaut (absence de bifaces, rareté des denticulés, etc.) ; sa pertinence réelle en tant que faciès indépendant est parfois remise en question.

2 / Moustérien à denticulés : un des faciès caractéristiques de la fin du Moustérien, souvent présent en fin de séquence dans les sites du sud-ouest de la France ; comme d’autres faciès, il semble résulter de la combinaison de facteurs économiques, techniques et culturels.

Pièce denticulée du Moustérien

3 / Moustérien charentien : représenté par deux faciès, initialement définis en Charente, le Moustérien de type « Quina » (nombreux racloirs caractéristiques) et celui de type « Ferrassie » (utilisation fréquente de la méthode Levallois pour réaliser des supports d’outils retouchés ensuite en racloirs).

Racloir de type Quina
4 / Moustérien de tradition acheuléenne : caractéristique de la fin du moustérien, il n’est pas issu directement de l’acheuléen contrairement à ce que laisse supposer son nom.

Biface moustérien de tradition acheuléenne

IV / Quels étaient le climat et les paysages de cette époque ?

A l’époque du Pleistocène, le Paléolithique moyen est marqué par d’importantes fluctuations climatiques globales, caractérisées par des alternances de phases glaciaires et interglaciaires, comportant elles-mêmes d’importantes oscillations plus ou moins rapides. Les populations moustériennes européennes ont donc connu des climats très variés :

1 / franchement tempéré : développement important du couvert forestier ;

2 / tempéré frais : marqué par l’apparition de prairies arbustives dans le Nord de la France  ;

3 / tempéré froid : développement des steppes, comme dans le Sud-Ouest de la France ;

4 / froid : développement d’une végétation de type toundra.

Les phases les plus froides s’accompagnent de régressions marines, entraînant d’importantes modifications des lignes de rivage et autorisant par exemple le passage de l’Europe continentale aux actuelles Iles britaniques.

Paysage de l'époque moustérienne

 V / Comment  vivaient les hommes à cette époque

L’Homme de Néandertal semble être le premier, il y a environ 100 000 ans, à avoir eu des préoccupations d’ordre spirituel. En effet, plusieurs squelettes de Néandertaliens ont été découverts dans des sépultures particulièrement soignées, parfois accompagnées de dépôts sans doute rituels d’outils ou de cornes animales. À ces sépultures s’ajoutent d’autres témoignages de préoccupations d’ordre esthétique, telles que la collecte d’ocre, de fossiles insolites ou de minéraux rares et la réalisation de gravures ou d’incisions non figuratives.

Les chasseurs cueilleurs nomades néandertaliens étaient donc parfaitement adaptés à leur environnement et suffisamment évolués pour survivre durant plusieurs dizaines de milliers d’années, parfois dans des conditions climatiques extrêmes. Leur disparition progressive il y a environ 30 000 ans, lors de l’arrivée des humains anatomiquement modernes, reste en partie inexpliquée.

À l’outillage diversifié et aux méthodes de taille complexes, il faut ajouter un certain nombre de comportements évolués, tels que la chasse de grands herbivores (rennes, aurochs, etc) parfois avec rabattage de troupeaux vers des pièges naturels, la sélection et le transport des silex de très bonne qualité sur des distances pouvant aller jusqu’à une centaine de kilomètres ou encore l’aménagement de l’habitat, dont témoignent des restes de cabanes ou des foyers construits, autant en plein air que sous abri (même si dans ce dernier cas les vestiges sont plus fréquemment et mieux conservés).

Habitations moustériennes

VI / Quels vestiges nous ont-ils laissés ?

Les industries moustériennes comportent le plus souvent des gammes très diversifiées d’outils sur éclats, dominées par différentes formes de racloirs (racloirs simples, doubles, convergents, déjetés…), des pointes, des grattoirs, des denticulés, des encoches. Les éclats nécessaires sont produits par des méthodes de débitage complexes, dont la fameuse méthode Levallois citée plus haut. Ces outils sur éclats sont parfois associés à de petits bifaces, souvent minces et réguliers.

La répartition des traces d’usures ont montré que ces outils pouvaient être emmanchés. Ces mêmes traces d’utilisation, observées sur les tranchants à l’aide de puissants microscopes, nous ont appris que les hommes de cette période ne travaillaient pas seulement la pierre mais aussi le bois, les peaux animales fraîches et sèches en vue de leur conservation, et qu’ils employaient parfois leurs outils pour couper des végétaux.

Industrie moustérienne

VII / Que pouvons nous trouver actuellement en Saintonge romane ?

Dans la région nous récoltons des outils du Moustérien charentien (outils de type « Quina » et « Ferrassie »), représentés principalement par des pointes, des couteaux, des grattoirs et des racloirs, mais aussi des pièces denticulées et du Moustérien de tradition acheuléenne (petits bifaces). Bref, presque tous les faciès du Moustérien y sont représentés, et les meilleurs endroits pour récolter des outils de cette période dans les champs se situent autour de la bourgade de Saint-Porchaire.

4 commentaires »

  1. BOCK Paul dit :

    Bonjour,
    Dans l’article « En savoir plus sur la civilisation moustérienne », au paragraphe n°6, il est écrit: (outils de type « Quina » et « Ferrassie ».
    Pouvez-vous me dire si le terme « Ferrassie » à un lien avec le terme « petite Féracie » du lieu suivant:
    La Petite Ferracie, 24410 Saint-Antoine-Cumond
    Sur les terres de cette commune, il a été trouvé des pierres fossilisées.
    Avec mes remerciements et dans l’attente de vous lire.
    Cordialement.
    Paul BOCK

  2. prehistoire17 dit :

    Bonsoir, tous mes voeux et merci pour votre message. La Ferrassie, site préhistorique connu pour son industrie moustérienne particulière, est implantée dans le département de la Charente, et n’a donc rien à voir avec l’endroit que vous décrivez.
    Bien cordialement ! Francis

  3. vaissette dit :

    merci pour votre interressante publication.
    –en Aveyron nous avons de nombreuses traces de paleo-ancien mais peu de mousterien final.
    –j’ ai pu observer sur une petite serie recoltee
    en plein air ,queques nucleus de debitage non levallois direct d’où avaient été enleve une lame de manière oportuniste au profit d’une arrete existante…les moulages extraits de ces nucleus mettent en evidence des lames corticales frustes ,de section triangulaires .les quelques objets accompagnant ces nucleus ,dont certains typiquement levallois et d’autres d’allure paleo-superieur ancien …me font penser a un assemblage d’une periode charniere :levallois-arignacien ???n’etant qu’un modeste amateur;;je peux prendre le risque de me tromper ;;sans complexe !!!

  4. prehistoire17 dit :

    Bonsoir, et merci pour votre message. En ce qui concerne la datation précise de certains vestiges, même des spécialistes confirmés peuvent se tromper ! Errare prehistorium est ! Très cordialement !

Flux RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

 

Thoughts on Products In sur... |
Blog de Amor Belhedi |
Halelkt |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Get Your 2013 Hostgator Cou...
| Skipping Meals Is Not A Sma...
| Review: Five Things You????...